Dans la manifestation toulousaine (CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires) qui a réuni hier matin entre 4 000 à 5 000 personnes, les salariés et syndicalistes CGT d’Airbus ouvrent le cortège. « Retrait du plan Power 8. Pour une dynamique d’emplois industriels », lit-on sur leur banderole. La colère qui s’est vivement propagée par des débrayages en fin de semaine dernière dans les ateliers et sur les chaînes ne s’est en rien estompée. Mathieu, vingt et un ans, et François, vingt-quatre ans, tous deux ouvriers à l’usine Saint-Éloi spécialisée dans la réalisation des mâts réacteurs, portent l’exaspération des personnels après l’annonce par la direction d’une prime de participation qui ne dépasserait pas cinq euros en moyenne et d’un intéressement réduit à zéro.
« Alors que l’ancien PDG est parti avec en poche onze millions d’euros au total, que, en revanche il ne passe pas un jour sans qu’ils nous mettent la pression et que les cadences ne cessent d’augmenter, cette nouvelle provocation de leur part est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Un rasle- bol des personnels qui ne cesse de s’accumuler face à la volonté du président d’Airbus, Louis Gallois, d’accélérer la mise en oeuvre du plan de suppression d’emplois, et de ventes de sites. Vendredi dernier, lors d’une réunion du comité de groupe européen d’Airbus, la direction s’est empressée de préciser ces réductions d’emplois par site.
L’agglomération toulousaine payerait le plus lourd tribut avec 964 suppressions au siège social Airbus Central Entity et 2305 dans les autres sites sur un total de 4125 en France. « Malgré le désaccord de tous les représentants syndicaux, Louis Gallois a annoncé que la phase d’information du comité de groupe européen était pour lui achevée, alors que les deux experts nommés par ce comité n’ont pu encore commencer leur travail », dénonce Gérard Boulicault, représentant CGT au comité européen. L’enjeu du scrutin de dimanche est dans toutes les têtes.
Ségolène Royal a annoncé un moratoire suspensif de Power 8, Sarkozy a déclaré que ce plan n’était pas adapté sans plus de précision. « Nous on votera pour celle qui s’est engagée sur la suspension », expriment les jeunes syndicalistes de l’usine Saint-Éloi. Sans pour autant taire leur inquiétude : « Au lendemain du 1er tour des copains ouvriers nous ont indiqué avoir voté pour Sarko, c’est hallucinant, mais c’est comme ça. » Un peu plus loin dans le cortège, Marie, Pascal et Estelle portent le calicot des Jeunes CGT. La première, vingt-huit ans, accumule son 70e contrat précaire depuis un an et demi comme aide médico- psychologique. Pascal travaille 20 heures par semaine au McDo, payé au SMIC horaire. « On manifeste pour du vrai boulot et pour un relèvement général des salaires », revendiquent- ils d’une même voix. Qu’attendent-ils de l’élection ? « On aurait voulu exprimer un peu plus d’espoir, mais 1500 euros à la fin du mandat, ce n’est pas suffisant. » Alain Raynal
font:L’HUMANITÉ



