Relais et Château.

Tandis qu’à Cannes, l’on attend les premières montées des marches, Juliette Binoche inaugurant le défilé de stars du soixantième Festival, un autre film se tourne à Paris. Quelque part entre Soigne ta droite et l’OEuf du serpent, la passation de pouvoirs entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy s’effectuera aujourd’hui sous un double signe : la fin d’un cycle politique et l’aggravation d’une orientation dangereuse, à terme, pour le pays. En attendant, le score atteint au soir du 6 mai le met peut-être, lui et ses alliés, dans l’humeur de Que la fête commence…

Avant l’annonce de la composition du nouveau gouvernement, il est un domaine où la rupture sera sans doute la plus visible. Alors que le président Bush subit défaite sur défaite, dans son pays comme, plus sanglant pour ses citoyens, en Irak et en Afghanistan, le nouveau locataire de l’Élysée importe des États-Unis le modèle

du « conseil national de sécurité » qui, couplé à sa propre cellule diplomatique, lui permettra de piloter plus que jamais la politique étrangère. Que le titulaire possible

d’un maroquin fortement réduit puisse être un Bernard Kouchner, parmi

les premiers partisans de

la guerre en Irak, en 2003, est un symbole inquiétant en regard du rôle joué, alors, par Jacques Chirac.

Nicolas Sarkozy réservera son premier hommage

officiel aux victimes de la barbarie nazie massacrées

à la cascade du Bois de Boulogne, en août 1944.

Le symbole est fort et bienvenu. Mais, comme Guy Môquet, ces jeunes communistes, gaullistes et chrétiens combattaient alors pour ce qui avait donné naissance à l’ambitieux programme du Conseil national de la résistance.

Les Jours heureux, annonçait le CNR, liant effort de reconstruction, solidarité et progrès social. De la Sécurité sociale à la création d’EDF-GDF, on a vu ce que la précédente majorité en a fait. On a entendu les promesses du candidat de l’UMP. On ne doute pas qu’il veuille les mettre en oeuvre. Tout le contraire de la flamme qui brille avec l’esprit de résistance. La gauche, en cette matière aussi, peut déplorer le mélange des genres, voire la récupération. Elle a à s’interroger plus que jamais sur l’audace sociale qui devrait être la sienne pour apporter d’autres réponses au peuple que celles, néolibérales

on le sait, que prône le nouveau locataire de l’Élysée.

Avant même la passation de pouvoirs, le président

de la République élu le 6 mai a tiré une autre leçon de l’échec le plus cuisant pour ses alliés du MEDEF, son parti et le gouvernement auquel il participait : la déferlante anti-CPE. En démineur du terrain social, il a rencontré sans attendre syndicats et patronats, y compris l’UNSA.

Les représentants des salariés ont dit leur vigilance et leur volonté de juger aux actes. Nicolas Sarkozy leur a exprimé son souhait de donner la primauté au « dialogue social », se réservant le droit de légiférer en cas d’impasse. À voir Laurence Parisot applaudir sans trêve au menu économique que lui tend le président, avec, à la carte, détaxations, défiscalisations et cadeaux fiscaux qui devraient permettre aux PME de « donner un coup de rein », on comprend que le MEDEF aura deux chances. À la table des négociations comme à celle du palais présidentiel, il sera bien servi. Les actionnaires qui imposent l’étranglement des mêmes PME sous-traitantes comme des salaires peuvent saliver, eux aussi.

Un nouveau président arrive. Son « ouverture »

se limite, non sans résultats, à étrangler toute velléité

de concurrence politique sur sa droite et jusqu’aux rives

du Parti socialiste. Nous n’irons pas jusqu’à évoquer

la Grande Bouffe, mais le risque existe que, encore une fois et plus qu’en 2002, la droite, revancharde, antisociale, toute acquise aux milieux financiers, emporte tous

les pouvoirs. L’élection du plus grand nombre possible

de députés de gauche, et singulièrement communistes, comme garantie de faire entendre les voix populaires

est la seule assurance indexée sur le coût de la vie.

Et cela, ce n’est pas du cinéma.

FONT L’HUMANITÉ.