José Bové renonce à l’investiture antilibérale.

José Bové retire sa candidature à l’investiture des collectifs antilibéraux pour l’élection présidentielle. Il vient de l’annoncer dans une lettre parvenue hier aux membres du collectif national. « Les forces de la division l’ont provisoirement emporté sur les forces de l’unité », écrit-il en renvoyant dos à dos le parti communiste et la LCR qui, dit-il, « ont pris la responsabilité de casser la dynamique unitaire. » Sa lettre est datée du 23 novembre, le jour où paraissait dans le Monde une interview d’Olivier Besancenot réaffirmant sa volonté de faire cavalier seul et allant jusqu’à laisser en suspend sa position pour le second tour. Une attitude qui, de la part de la majorité de la LCR, n’est pas nouvelle puisqu’elle avait refusé de signer le texte de Saint-Denis sur la stratégie en considérant qu’il pouvait

déboucher sur un soutien des collectifs à un gouvernement social-libéral.

Les moyens de rompre enfin avec le libéralisme

Un argument régulièrement rejetté par les acteurs du rassemblement, à commencer par la tendance minoritaire de la LCR, en se référant précisément à l’accord lui-même. « Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social-libéralisme qui, dans sa composition comme dans son projet, ne se donnerait pas les moyens de rompre

enfin avec le libéralisme, ne

répondrait pas aux attentes », précise le texte stratégique des collectifs et il poursuit : « Le parti socialiste, notamment, a adopté un programme qui tourne le dos à une rupture franche avec le libéralisme. Il est hors de question, pour nous, de négocier sur cette base un contrat de gouvernement ». Dans son interview au Monde, Olivier Besancenot fait au PCF le procès de s’apprêter à « refaire la gauche plurielle numéro deux » et reproche à Marie-George Buffet de rejetter l’idée que la candidature unitaire soit celle « de la gauche de la gauche ». C’est là qu’est le point d’achoppement : quel niveau d’ambition pour 2007 ? Pour le PCF qui a fait sien le texte unitaire, comme pour les collectifs, il s’agit de gagner réellement un changement de politique, c’est le sens de l’appel « aux femmes et aux hommes de gauche » lancé au début de la semaine par Marie-George Buffet. « Notre rassemblement doit clairement viser une majorité populaire pour constituer un gouvernement. (…) On peut gagner en 2007 », réaffirmait-elle jeudi dans l’Humanité.

avec la dynamique unitaire et l’espoir qu’elle suscite

Ce débat ne se mène pas en dehors des collectifs puisque les militants de la LCR sont toujours invités à s’y exprimer, mais avec la montée de la dynamique unitaire et de l’espoir qu’elle suscite, ils y sont chaque jour

davantage en difficulté. Et cela n’a fait que s’accentuer depuis la participation de Jean-Luc Mélenchon au meeting de Montpellier au côté des porte-parole du rassemblement antilibéral, en même temps que PRS, l’association avec laquelle il s’est inscrit dans la campagne du « non de gauche », affirmait sa volonté d’être un trait d’union entre les collectifs et les militants et électeurs socialistes qui ne se retrouvent pas

dans la candidature « blairiste » de Ségolène Royale.

Pour sa part, José Bové, en proposant aux collectifs d’être leur candidat à la présidentielle, avait mis comme condition la participation de toutes les sensibilités de la gauche antilibérale. « La ligue communiste révolutionnaire doit impérativement faire partie du mouvement », reprenait-il encore dans le dernier numéro de Politis sans approfondir le désaccord de fond qui a amené la LCR à se retirer de la démarche unitaire. Ces derniers jours, il aurait tenté, selon le Monde, « de faire revenir la majorité de la LCR sur sa décision de partir en solo en rencontrant discrètement Olivier Besancenot » et « de rallier Clémentine Autain en lui demandant de retirer sa candidature pour mieux contrer l’offensive Buffet. » En échec, il polarise le débat sur les candidatures dans la lettre qu’il vient d’adresser aux collectifs et met sur le même plan la LCR et le PCF, en estimant que concernant les conditions d’une dynamique populaire et électorale, « c’est mal parti ». Ce faisant il en fait porter la responsabilité sur le PCF qui, dit-il, « veut imposer Marie-George Buffet comme candidate ». L’initiative de José Bové a été jugée regrettable par le PCF et par Claude Debons (voir ci-contre) qui appellent à poursuivre la dynamique engagée et le débat sur les candidatures à l’ordre du jour de tous les collectifs avec l’objectif d’aboutir lors d’une rencontre nationale les 9 et 10 décembre. La question des candidatures est compliquée mais arriver à un accord sur la stratégie puis sur le programme ne l’était pas moins. Tout en multipliant les pressions sur les militants du PCF pour qu’ils retirent la candidature de Marie-George Buffet, comme jeudi soir à Nanterre, plusieurs membres du collectif national ont appelé, comme Clémentine Autain à ne pas rompre l’unité : « soit on gagne ensemble, soit on perd tous », a-t-elle déclaré.

Chacun est désormais poussé à réussir par la dynamique unitaire. Le Mans, Grenoble, Montpellier, l’affluence va crescendo dans les meetings, les réunions publiques, les collectifs locaux voient arriver de nouveaux participants, au-delà même de ceux qui s’étaient investis dans la bataille du référendum.