Un vent de hooliganisme souffle sur l’Europe.

Après le report de PSG-Toulouse, 1 200 supporters du PSG ont rendu hommage hier à Julien Quémener. De graves incidents ont eu lieu en Italie et en Turquie.

Un mort et un blessé à Paris il y a dix jours. De graves incidents dans la tribune des fans de Feyenoord à Nancy jeudi soir. Quinze blessés lors d’affrontements entre supporters de la Juventus de – Turin et forces de sécurité, vendredi à Gênes. Sept crânes rasés interpellés hier à Strasbourg après avoir suscité des incidents en marge de Strasbourg-Bastia vendredi soir. Un supporter de l’Atalanta Bergame poignardé, deux autres blessés samedi avant AS Rome-Atalanta. Un supporter de Fenerbahçe, armé d’un pistolet, poignardé hier à la jambe par un partisan de l’équipe de Galatasaray, en Turquie.

Défilé en silence

Partie de Paris, la fièvre de hooliganisme a gagné l’Europe en fin de semaine dernière. La mort de Julien Quemener, tué par un policier qui tentait de protéger un supporteur visiteur à la suite de PSG-Hapoël Tel-Aviv, le 23 novembre, semble avoir eu pour effet de souder les groupes d’Ultras, en France comme à l’étranger, et lancer une course aux affrontements.

Hier midi, une marche en hommage à Julien Quemener a été organisée entre le Parc des Princes et le dépôt RATP de la porte de Saint-Cloud où s’est produit le drame du 23 novembre. Quelque 1 200 supporters, dont une majorité provenant du kop Boulogne, ont défilé en silence derrière une banderole demandant « que justice soit faite ». La tension était palpable mais aucun incident n’est survenu. Particulièrement visés par les supporteurs présents, dont plusieurs encagoulés, les journalistes ont dû être évacués par les personnes assurant la sécurité en début de défilé : un mixte de représentants des Boulogne Boys, de policiers en civil et de stadiers.

« Nous sommes venus rendre un dernier hommage à Julien Quemener et lui rendre son honneur, sali par les médias, les autorités et les politiques. Il faut qu’on arrête de taper sur les supporteurs, il faut qu’on arrête de faire de Julien Quemener un fasciste hooligan », a expliqué Pierre-Louis Dupont, le – président des Boulogne Boys. Dans un tract anonyme distribué « aux passants désireux de connaître la vérité » et – citant les « Paris Casuals », association du kop de Boulogne, on pouvait lire : « Messieurs D’Hallivilée (responsable de la sécurité au PSG), Caresche (adjoint au maire de Paris), Sarkozy ainsi que le procureur de la République, M. Marin, entre autres, sont des gens puissants qui utilisent la presse alors qu’ils n’ont rien vu des faits. »

Poussée des ultras

Des messages de soutien, visibles sur le site Internet des Boulogne Boys et provenant d’autres groupes d’ultras de France et d’Europe, étayent ce sentiment partagé par bon nombre d’ultras de Paris et d’ailleurs, de manipulation et de grand complot à leur encontre. Ainsi, ces banderoles vues au stade de Geoffroy-Guichard, samedi soir, en marge de Saint-Étienne – Lorient : « Tolérance zéro pour la désinformation » ou « Justice pour les ultras ». Des gerbes de fleurs ont été déposées par des supporters d’autres clubs européens à l’endroit du drame du 23 novembre.

Cette poussée de fièvre continue d’inquiéter les responsables du foot français. Hier, sur France Inter, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, a prôné l’exemple répressif anglais, avec un recours systématique à « l’interdiction judiciaire (de stade), qui suppose qu’un individu ait commis un délit » ainsi que « l’interdiction administrative (de stade) à titre préventif, où il n’y a pas besoin de délit ». Le report du match PSG-Toulouse à une date ultérieure a désamorcé la tension, pour un temps seulement. Entre la volonté répressive des autorités et l’envie d’en découdre de certains ultras, la situation n’a jamais été aussi explosive dans le foot français. Prochaines échéances pour le PSG, à Lyon le 10 décembre et face aux Grecs du Panathinaikos d’Athènes le 13 décembre au Parc des Princes.